Il paraît qu’on ne peut pas rire de tout, en ce bas monde présumé civilisé.Vraiment ? Hmmm… Pas sûr, si l’on en croit l’échange surréaliste entre Marc-Olivier Fogiel et Claude Sarraute, capté le 9 décembre dernier sur Europe 1. En fin d’émission, l’animateur évoque les raisons de l’éviction de la journaliste et écrivain Claude Sarraute du quotidien Le Monde,et la discussion prend un tour inattendu. Marc-Olivier Fogiel cite alors son invitée sur le génocide des Juifs. «Regardez-nous, les Juifs, ce qu’on a réussi à faire avec notre Shoah : on l’a vendue partout, on est couverts d’argent, on est vraiment plus forts que vous !» Réplique de l’intéressée : «J’ai dit ça à une Arménienne. Ces ****-là,ils ont vraiment eu la même chose,et tout ce qu’ils trouvent à faire, c’est de s’asseoir par terre dans la rue !». Et cet échange minable s’achève piteusement dans un rire collectif. Cynisme, impudence, arrogance,mépris et diffamation sous couvert d’humour,concurrence des victimes… tout y passe ! Dans ce festival d’«anti-valeurs»,on retiendra qu’il est de bon ton, désormais, de se vanter sur la place publique de l’exploitation morale et financière d’un génocide. Elle a l’air toute fière,la p’tite Claude,de clamer haut et fort que les Juifs ont «réussi à faire [de leur] Shoah» un véritable «fonds de commerce» qui rapporterait le Jackpot !
A croire qu’elle ne risque rien à s’en vanter publiquement. Lorsque Dieudonné dérape dangereusement,le ciel lui tombe sur la tête. Et là, ça glisse tout seul ! Pas la moindre tempête ! Rien, hormis… des marques d’affection à l’endroit de Claude Sarraute – «On vous aime !» – qui ponctuent les ricanements ! Comme pour boucler la boucle. Au-delà de l’indignation légitime que soulèvent de tels propos, on ne peut s’empêcher de se poser un tas de questions politiquement incorrectes : le simple fait d’être Claude Sarraute vaudrait-il absolution pour tous les dérapages, là où d’autres se feraient découper en morceaux sur le champ ? Ou alors serait-ce la manifestation d’un style d’humour encore méconnu, même si dans ce domaine, franchement, on a déjà connu plus hilarant ? Et puis, ce cocktail indigeste d’outrances ne nous renverrait- il pas la photographie de la société française d’aujourd’hui ? Allez savoir… Quoi qu’il en soit, une évidence s’impose : la glorification du commerce du malheur scellant le triomphe sans partage de l’argent,intronisé étalon universel, ne saurait faire office de modèle.