INDE : « Le registre de MODI est la nouvelle version des lois allemandes de 1935 » DÉNONCE ARUNDHATI ROY

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اللهم إفتح لنا أبواب الخير وأرزقنا من حيت لا نحتسب
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Lauréate du Booker Prize et du prix Sydney de la paix, Arundhati Roy est dans le viseur du pouvoir nationaliste hindou. Combattante tout-terrain, l’écrivaine défie les démons de l’Inde violente, documente les ravages d’un néolibéralisme génocidaire. Et fait le lien entre la politique du premier ministre indien, Narendra Modi, et la montée des fascismes au XXe siècle. Elle vient de publier « Mon cœur séditieux ». Entretien.

Lorsqu’elle s’adresse à la foule, en ce 1er mars, à Jantar Mantar (New Delhi), Arundhati Roy envoie un clin d’œil à l’Inde des Lumières. Sur ce site, des outils astronomiques du XVIIIe siècle construits sur ordre du maharadja Jai Singh II, dont la curiosité et les recherches s’étendaient aux arts, à la philosophie autant qu’à la religion. Autrement dit, l’antithèse de l’obscurantisme du pouvoir actuel, le BJP, dont les zélotes organisent des séances de beuverie autour de l’urine de vache sacrée afin de lutter contre le coronavirus. À l’heure où les nationalistes hindous lancent des pogroms contre les habitants des quartiers ouvriers à majorité musulmane de la capitale, où le pouvoir tente d’en finir avec le caractère séculaire de la Constitution et où les lois islamophobes se multiplient, l’autrice indienne s’adresse à l’opposition qui, même minoritaire, n’entend pas livrer le pays au fascisme.  : « Vous pouvez être en accord ou en désaccord avec une Constitution dans son ensemble ou en partie, mais agir comme si elle n’existait pas, comme le fait ce gouvernement, c’est démanteler complètement la démocratie. »

Arundhati Roy aurait pu profiter du confort que le succès du « Dieu des petits riens » lui conférait. Elle a plutôt choisi de se lancer sur les routes de l’Inde pour révéler les périls combinés de l’ethnonationalisme et de l’ultralibéralisme. Elle part ainsi sur les berges de la rivière Narmada, dans l’État du Gujarat, pour soutenir les villageois menacés d’expulsion dans le cadre de la construction d’un des plus grands barrages au monde. Elle dénonce la civilisation nucléaire et milite contre l’occupation indienne du Cachemire. Ce travail, fruit de vingt ans de réflexions, est aujourd’hui compilé dans « Mon cœur séditieux » (Gallimard). Concomitamment, l’éditeur publie « Au-devant des périls. La marche en avant de la nation hindoue », une conférence prononcée à New York, en 2019, dans laquelle elle fait le lien entre la politique du premier ministre indien, Narendra Modi, et la montée des fascismes au XXe siècle.

Quels sont les défis aujourd’hui posés par le pouvoir nationaliste hindou ?

Arundhati Roy.
Jusqu’à présent, le gouvernement a refusé de revenir sur le projet de loi d’amendement sur la citoyenneté, qui est anticonstitutionnel, et accorde des droits de citoyenneté accélérés seulement aux non-musulmans du Pakistan, du Bangladesh et d’Afghanistan. Mais il a commencé à envoyer des signaux contradictoires concernant le registre national des citoyens (NRC), qui est la véritable menace pour les musulmans indiens, ainsi que pour des millions d’autres. Les manifestations continuent mais sont violemment réprimées.
Entre le 24 et le 27 février, des foules hindoues armées, soutenues par la police de Delhi, ont attaqué des musulmans dans des quartiers ouvriers du nord-est. La violence était dans l’air depuis un certain temps. Lorsque l’attaque a été lancée, les policiers ont été vus, se tenant à l’écart, ou soutenant la foule. Des maisons, des magasins, des véhicules ont été incendiés. Beaucoup ont été hospitalisés pour des blessures par balles. Des vidéos horribles ont circulé sur Internet. Dans l’une d’elles, de jeunes hommes grièvement blessés, étendus dans la rue, certains entassés les uns sur les autres par des policiers en uniforme, sont contraints de chanter l’hymne national.

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