L'ascenseur social en panne ? Surtout si vous êtes une femme élevée par une mère seule dans le Nord

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Une étude inédite de l'Insee s'est penchée sur la mobilité des revenus entre les parents et leurs enfants. Le déterminisme reste fort, particulièrement marqué pour les femmes, les enfants de familles monoparentales et les jeunes de la France périphérique.​

Le niveau de revenu des parents détermine-t-il celui de leurs enfants ? C'est à cette question cruciale que s'est attaqué l'Insee [Institut national de la statistique et des études économiques], en utilisant une méthode inédite. L'institut de statistiques est parvenu à relier directement les revenus des parents à ceux de leurs enfants à l'âge de 28 ans, la seule donnée disponible à ce jour. Dans un rapport publié ce mercredi 18 mai, le « classement » de chacun est ensuite comparé dans une échelle qui découpe les revenus en cinq tranches progressives.
Résultat : les inégalités ont tendance à se reproduire. Les bambins des familles les plus riches ont trois fois plus de chances de faire partie des plus aisés que les enfants des plus modestes. Parmi ces derniers, seuls 12 % vont prendre l’ascenseur social pour faire partie des 20 % les mieux payés. Pour un même niveau de revenu des parents, ceux des enfants varient fortement. Près des trois quarts des enfants de 28 ans se situent dans une tranche de revenu différente de leurs parents, une variabilité qui peut être liée à leur jeune âge.

LES HOMMES FAVORISÉS​

Le principal intérêt de l'étude est de donner des précisions sur les déterminants de la mobilité. Tous les jeunes n'ont pas les mêmes chances de grimper dans l'échelle des revenus. Les hommes sont plus susceptibles d'avoir une mobilité ascendante : 15 % des garçons issus du plus bas niveau de revenu accèdent au plus élevé, contre 8 % des femmes. Plus d'un tiers des filles dont les parents se trouvent au plus faible niveau de revenu y resteront.

La structure de la famille a également une importance fondamentale. Grandir dans une famille monoparentale – une famille sur quatre en France – réduit les chances de monter et surtout accroît le risque de descendre. Il s'agit d'une inégalité de taille, longtemps considérée comme un angle mort des politiques publiques, alors que les mères seules étaient très représentées parmi les gilets jaunes.

POIDS DU CAPITAL​

Autre facteur déterminant : le niveau de patrimoine des parents. Une inégalité de taille, alors que le poids de l'héritage devient déterminant pour atteindre le plus haut niveau de vie, selon un rapport du conseil d'analyse économique paru en décembre dernier. En plus de l'avantage conséquent de recevoir des donations ou un héritage au cours de sa vie, le patrimoine des parents favorise la mobilité ascendante dans l'échelle des revenus. La mobilité ascendante est beaucoup plus importante (24 %) pour les 10 % des familles qui ont le plus de revenus du patrimoine. « De même, les enfants dont les parents sont propriétaires de leur logement ont plus de chances de faire une mobilité ascendante (15 %, contre 8 % pour les locataires du secteur social) », écrit l'Insee. Le capital financier est donc crucial.

Enseignement intéressant, le niveau de diplôme des parents pèse plus que leur catégorie professionnelle. « La mobilité varie beaucoup selon le diplôme du parent ayant le plus haut revenu : la mobilité ascendante est de 17 % pour les enfants de diplômés de l’enseignement supérieur et les titulaires du baccalauréat, contre 11 % pour ceux de parents titulaires de diplômes inférieurs au baccalauréat et 10 % pour ceux de parents non diplômés », explique l'Insee.
 

ENFANTS D'IMMIGRÉS : PARCOURS CONTRASTÉS​

Le lieu de résidence compte également. Les enfants dont les familles ont été mobiles dans leur enfance, en changeant de département, ont plus de chance de s'élever. Surtout, vivre en Île-de-France à sa majorité augmente la probabilité de grimper dans l'échelle des revenus. Au contraire, les jeunes de la France périphérique, et plus particulièrement du nord du pays, trinquent.

C'est en partie ce qui explique que les enfants d'immigrés, qui vivent plus souvent en moyenne en région parisienne, ont statistiquement plus de chances de réaliser une mobilité ascendante que les autres jeunes (15 % contre 10 %). « Cela est aussi lié à l’inadéquation entre la rémunération et les compétences des parents, et pourrait également avoir un lien avec un investissement plus fort en moyenne des parents immigrés dans l’éducation de leurs enfants », détaille l'Insee. Les résultats pour ces jeunes sont toutefois « très contrastés ». Les enfants d’immigrés ont aussi une probabilité plus forte que les autres de rester au plus bas niveau de revenus et d'avoir une mobilité descendante.

MOINS D'INÉGALITÉS QU'AUX ÉTATS-UNIS​

« On conclut que la mobilité intergénérationnelle est plus forte en France qu’aux États-Unis, mais moins forte que dans les pays nordiques, au Canada et en Suisse », écrit Michaël Sicsic, l'un des auteurs de l'étude.

« La France serait dans une position plus défavorable (mais toujours meilleure qu’aux États-Unis) en considérant la mobilité en fonction des revenus du ménage (et non individuels), ce qui pourrait être expliqué par une homogamie élevée en France », poursuit-il. Selon lui, les données produites par cette étude nuancent un rapport de l'OCDE en 2019 qui indiquait qu'il fallait « six générations pour grimper dans l’échelle des revenus ».

 
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