Les fassi ont 3 origines:
Jusquau 18e siècle, un notable fassi était reconnu par son appartenance à un des trois groupes distincts qui cohabitaient en médina (chorfas, andalous, beldyin). Les chorfas nhésitaient pas à dire à un nouveau venu, Berbère de Lamta ou autre jebli, "sors de ma ville", et interdisaient aux juifs, sous les Almohades, de monter à cheval. Bref, ils se comportaient comme des nobles de sang, racistes à loccasion. Ils ont une double fierté dêtre les descendants des conquérants et du cousin et gendre du prophète, Ali. Auréolés par ce lignage, familial et religieux, les chorfas se sont enrichis sans craindre le moindre retour de manivelle, parce quils étaient doffice exempts dimpôts, empilaient les recettes versées dans les caisses du sanctuaire et profitaient des faveurs des sultans qui croyaient en leur baraka. En plus, ils se rendaient utiles. À chaque fois quil y avait des rois faibles, les chorfas usaient de leur charisme pour calmer les ardeurs des Fassis qui tenaient à leur autonomie (ils lont défendue contre Moulay Ismaïl de 1698 à 1730). Mais ils nintercédaient pas toujours gratuitement, pour le bien de la communauté. Ainsi, "lorsquil y a eu des disettes et des sièges de la ville entre 1720 et 1750, rapporte lhistorien Abdelahad Sebti, les chorfas - qui étaient aussi des propriétaires terriens - vendaient leurs récoltes à des prix élevés". Limage des chorfas, avides et peu vertueux, trouve là son origine.
Deuxième groupe, les Andalous, chassés par la Reconquista et dont les derniers venus datent de 1666, se prévalent de leur nisba (origine arabe, un peu moins sanctifiée que celle des chorfas), et doivent leur ascension sociale au savoir et au commerce.
Le troisième groupe, celui qui a eu le plus de mal à se faire accepter, jusquen 1750, est connu sous le double label de "beldyin" et "islamyin". Il sagit des juifs convertis à lislam au 15e siècle, en gros sous la pression des Almohades. Plusieurs dentre eux, rapporte Cigar, habitaient dans Funduq Al Yahudi, un quartier qui ne les mettait pas en quarantaine mais les distinguait des "purs musulmans". Pendant plus de deux siècles, lorigine religieuse de ces familles (Myarra, El Kohen - nom inchangé -, Benchekroun
) leur a valu lanimosité des chorfas qui considéraient la Qissaria comme leur chasse gardée. Les ouléma faisaient même circuler un hadith laissant entendre quon "ne peut pas faire confiance à un juif même sil a 40 ancêtres - anciennement convertis". Quand ils ont été enfin acceptés, après une période trouble marquée par de faibles sultans, lautorité a quand même exigé quils affichent un signe distinctif (une bande de soie brodée, kamkha) devant leurs boutiques, pour que les clients soient prévenus de "la perfidie de leurs pratiques". Bonjour la tolérance. Cela ne les a pas empêchés, depuis, de devenir de grands commerçants, des négociateurs internationaux et des savants, au point dêtre enviés par les chorfas. "Leur fortune, ils la doivent initialement au sultan Moulay Slimane qui, contrairement à ses prédécesseurs, en a fait son groupe favori et leur avançait argent et marchandises"
À la veille du 20e siècle, les frontières entre les différents groupes nexistent plus