Babouchemasquee
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La hausse des prix de la traversée du détroit au cours de l’opération transit de cette année avait suscité le mécontentement de nombreux MRE qui dénoncent une « entente » de la part des compagnies. Des plaintes auxquelles le ministre en charge des MRE, Abdelatif Maâzouz, balayent d'un revers de la main, estimant que les prix pratiqués serraient ceux du marché. L'agitation n’émaneraient que d’une infime partie de cette communauté. Pourtant l'analyse des faits et des chiffres donnent raison aux MRE. Explications.
La phase retour de l’opération transit 2013 est presque terminée. S’ils ont été nombreux à passer les dernières semaines de vacances post-ramadan en famille au Maroc, les MRE sont également nombreux à être agacés par la nouvelle hausse des prix constatée ces dernières semaines. S’adressant au journal Les Eco, le président de l’association Cap Sud MRE, Salem Fkire dénonce même une « entente à la hausse » de la part des opérateurs.
Prix du marché ?
Mais du côté du ministère des MRE, le discours est différent. Rejetant toute plainte, Abdelatif Maâzouz déclarait à la presse que « les prix appliquées par les compagnies opérant sur cet axe sont les prix du marché ». Des propos qu’il a réitérés à Yabiladi mardi après-midi.
Cependant, une rapide vérification sur le site de réservation aferry.fr montre qu’il n’en n’est rien. A titre d’exemple, le prix de la traversée (aller simple) sur une ligne reliant la France à l'Angleterre comme Douvres-Calais (30 km), pour 4 personnes adultes munies d'une voiture, démarre à 35€. Chose surprenante, dans les même conditions, le tarif commence à partir de 215€ pour la liaison Algeciras-Ceuta (35 km), 234€ pour Tarifa-Tanger (40 km) et 182€ pour Algeciras-Tanger Med (40 km).
Notre petit test démontre que la ligne Douvres-Calais est 5 à 6 fois moins chère que n'importe quelle liaison du détroit de Gibraltar, pour des distances tout à fait comparables : entre 30 et 40 kilomètres. Ceux qui objecteraient que la comparaison concerne la période de pointe pour les compagnies espagnoles, nous avons délibéremment choisi une date de départ fixée au 9 septembre soit après le rush de l'opération Transit.
Malgré ces données facilement accessibles, M. Maâzouz ne fléchit pas, estimant que « seules quelques personnes se plaignent. On ne peut donc pas généraliser ». « J’étais moi-même sur le terrain, à Tanger Med, Nador, … et je n’ai vu personne se plaindre des prix », nous confie-t-il. « A Tanger Med, j’ai fait le tour du port de manière très discrète, sans veste, sans cravate, précise le ministre. C’était un jour de forte affluence, mais l’opération s’est déroulée de la meilleure manière ». Pourtant, le reportage diffusé lundi soir, au journal télévisé sur 2M, en dit long sur le ressenti des MRE concernant les prix de la traversée.
Abdelatif Maâzouz reconnait qu’« il pourrait y avoir des compagnies qui exagèrent sur les prix, mais je n’ai jamais entendu parler d’une entente sur la hausse des prix ». Il se souvient plutôt d’une compagnie qui aurait émis une offre promotionnelle la semaine dernière. « Cela avait créé de longues files d’attente de 3 à 4 heures, car tout le monde serait venu au même moment. C’est tout ce dont j’ai entendu parler », affirme le ministre.
La hausse concernerait les lignes Maroc-Espagne
Pourtant un autre usager, Ahmed Farkous, affirme le contraire. Président de l’association des usagers au port de Sète, il a également fait le déplacement la semaine dernière comme tout MRE pour revoir sa famille. « Au port de Tanger Med, beaucoup de gens se sont plaints, surtout pour la liaison avec Algesiras », nous confie-t-il. Sur cet itinéraire, « la plupart des voyageurs prennent leurs billets sur place, puisque la traversée ne dure qu’une heure et demi environ. Or, il y avait un pic des retours mercredi et jeudi derniers. Ce qui aurait occasionné la hausse », explique-t-il.
Par contre sur Tanger/Nador-Sète, les passagers voyagent tranquillement. « La plupart des gens prennent des billets aller-retour à Sète bien avant le voyage, donc il n’y a aucune surprise au retour », explique M. Farkouss.
Le Conseil espagnol de la concurrence pourrait à nouveau frapper
Si tout les usagers s'accordent à dire que les prix sont trop élevés, la question de l'entente sur une hausse estivale reste posée ? Nous avons contacté en vain quelques unes des compagnies opérant sur le détroit. Chez Acciona Transmediterranea, aucun responsable n’était disponible pour nous répondre, nous a fait savoir notre interlocutrice. Chez Balaeria également, impossible d’obtenir des réponses. Il est toutefois évident qu’en cas d’entente, ces compagnies ne voudront jamais l’admettre devant la presse, surtout vu les risques encourrus.
En 2011 en effet, le Conseil espagnol de la concurrence avait sanctionné plusieurs compagnies dont la marocaine Comarit pour entente sur les prix afin de se partager le marché. Les plaintes récurrentes des usagers pourraient à nouveau éveiller la curiosité du Conseil. Un tel geste serait moins attendu venant du Maroc, puisque les autorités chérifiennes se sont montrées invariablement sourdes aux cris des MRE et aveugles face aux pratiques des compagnies maritimes. Interpellé par les parlementaires en début d'année, le ministère des Transports avait promis d'étudier la question des prix de la traversée, mais jusqu'à ce jour, rien n'est fait, du moins rien d'officiel.
Source Yabiladi.
La phase retour de l’opération transit 2013 est presque terminée. S’ils ont été nombreux à passer les dernières semaines de vacances post-ramadan en famille au Maroc, les MRE sont également nombreux à être agacés par la nouvelle hausse des prix constatée ces dernières semaines. S’adressant au journal Les Eco, le président de l’association Cap Sud MRE, Salem Fkire dénonce même une « entente à la hausse » de la part des opérateurs.
Prix du marché ?
Mais du côté du ministère des MRE, le discours est différent. Rejetant toute plainte, Abdelatif Maâzouz déclarait à la presse que « les prix appliquées par les compagnies opérant sur cet axe sont les prix du marché ». Des propos qu’il a réitérés à Yabiladi mardi après-midi.
Cependant, une rapide vérification sur le site de réservation aferry.fr montre qu’il n’en n’est rien. A titre d’exemple, le prix de la traversée (aller simple) sur une ligne reliant la France à l'Angleterre comme Douvres-Calais (30 km), pour 4 personnes adultes munies d'une voiture, démarre à 35€. Chose surprenante, dans les même conditions, le tarif commence à partir de 215€ pour la liaison Algeciras-Ceuta (35 km), 234€ pour Tarifa-Tanger (40 km) et 182€ pour Algeciras-Tanger Med (40 km).
Notre petit test démontre que la ligne Douvres-Calais est 5 à 6 fois moins chère que n'importe quelle liaison du détroit de Gibraltar, pour des distances tout à fait comparables : entre 30 et 40 kilomètres. Ceux qui objecteraient que la comparaison concerne la période de pointe pour les compagnies espagnoles, nous avons délibéremment choisi une date de départ fixée au 9 septembre soit après le rush de l'opération Transit.
Malgré ces données facilement accessibles, M. Maâzouz ne fléchit pas, estimant que « seules quelques personnes se plaignent. On ne peut donc pas généraliser ». « J’étais moi-même sur le terrain, à Tanger Med, Nador, … et je n’ai vu personne se plaindre des prix », nous confie-t-il. « A Tanger Med, j’ai fait le tour du port de manière très discrète, sans veste, sans cravate, précise le ministre. C’était un jour de forte affluence, mais l’opération s’est déroulée de la meilleure manière ». Pourtant, le reportage diffusé lundi soir, au journal télévisé sur 2M, en dit long sur le ressenti des MRE concernant les prix de la traversée.
Abdelatif Maâzouz reconnait qu’« il pourrait y avoir des compagnies qui exagèrent sur les prix, mais je n’ai jamais entendu parler d’une entente sur la hausse des prix ». Il se souvient plutôt d’une compagnie qui aurait émis une offre promotionnelle la semaine dernière. « Cela avait créé de longues files d’attente de 3 à 4 heures, car tout le monde serait venu au même moment. C’est tout ce dont j’ai entendu parler », affirme le ministre.
La hausse concernerait les lignes Maroc-Espagne
Pourtant un autre usager, Ahmed Farkous, affirme le contraire. Président de l’association des usagers au port de Sète, il a également fait le déplacement la semaine dernière comme tout MRE pour revoir sa famille. « Au port de Tanger Med, beaucoup de gens se sont plaints, surtout pour la liaison avec Algesiras », nous confie-t-il. Sur cet itinéraire, « la plupart des voyageurs prennent leurs billets sur place, puisque la traversée ne dure qu’une heure et demi environ. Or, il y avait un pic des retours mercredi et jeudi derniers. Ce qui aurait occasionné la hausse », explique-t-il.
Par contre sur Tanger/Nador-Sète, les passagers voyagent tranquillement. « La plupart des gens prennent des billets aller-retour à Sète bien avant le voyage, donc il n’y a aucune surprise au retour », explique M. Farkouss.
Le Conseil espagnol de la concurrence pourrait à nouveau frapper
Si tout les usagers s'accordent à dire que les prix sont trop élevés, la question de l'entente sur une hausse estivale reste posée ? Nous avons contacté en vain quelques unes des compagnies opérant sur le détroit. Chez Acciona Transmediterranea, aucun responsable n’était disponible pour nous répondre, nous a fait savoir notre interlocutrice. Chez Balaeria également, impossible d’obtenir des réponses. Il est toutefois évident qu’en cas d’entente, ces compagnies ne voudront jamais l’admettre devant la presse, surtout vu les risques encourrus.
En 2011 en effet, le Conseil espagnol de la concurrence avait sanctionné plusieurs compagnies dont la marocaine Comarit pour entente sur les prix afin de se partager le marché. Les plaintes récurrentes des usagers pourraient à nouveau éveiller la curiosité du Conseil. Un tel geste serait moins attendu venant du Maroc, puisque les autorités chérifiennes se sont montrées invariablement sourdes aux cris des MRE et aveugles face aux pratiques des compagnies maritimes. Interpellé par les parlementaires en début d'année, le ministère des Transports avait promis d'étudier la question des prix de la traversée, mais jusqu'à ce jour, rien n'est fait, du moins rien d'officiel.
Source Yabiladi.