Une médecin algérienne brillament noté au tribunal après des erreurs de diagnostics à l'hôpital de Pontoise

  • Initiateur de la discussion Initiateur de la discussion hajjesus
  • Date de début Date de début
« S’il y a faute, elle ne repose pas sur elle », a défendu Me Léonard Balme-Leygues, lors de l’audience en référé qui se tenait mardi 25 février 2025 au tribunal administratif de Cergy-Pontoise (Val-d’Oise).

L’avocat assistait N. S, médecin urgentiste à l’hôpital de Pontoise (Val-d’Oise), suspendue depuis le 28 décembre 2023.

La direction de l’hôpital avait pris une mesure disciplinaire à son encontre après la plainte d’un patient.


Un homme de 54 ans qui s’était présenté avec des douleurs aux jambes.

À ce stade des symptômes, le docteur N. S. avait diagnostiqué une sciatique et permis au patient de sortir en lui prescrivant d’autres examens.


Le lendemain, le quinquagénaire se rendait aux urgences d’Argenteuil où une « embolie pulmonaire grave », lui aurait été diagnostiquée.

Il portait alors plainte contre l’hôpital de Pontoise qui décidait de suspendre le docteur S.

À son tour, la médecin a saisi la justice contre son employeur, l’hôpital Novo.

« Si la décision n’est pas suspendue par le tribunal administratif, il lui sera impossible de poursuivre ses fonctions dans cet hôpital, et partout en France, dénonce la Cgt Santé 95 qui soutient la médecin. Son parcours de consolidation de deux ans dans le statut de praticienne associée lui a été prescrit, après son succès aux épreuves de 2021 de validation des connaissances. Il serait définitivement interrompu. »

D’origine algérienne, N. S exerce en France depuis novembre 2017. Elle a terminé 7e sur 564 candidats lors des épreuves de vérification des connaissances (EVC), avec la note de 15.49/20, imposées pour les praticiens titulaires d’un diplôme attribué à un non-membre de l’Union européenne.

Attachée aux urgences de Pontoise, elle a précédemment exercé à Creil (Oise), Argenteuil puis à Reims (Marne) avant de revenir dans le Val-d’Oise, appuyant son professionnalisme sur des recommandations de ses précédents chefs de service.

D’autres erreurs médicales auraient été « remontées à la chef de service », a avancé l’avocat de l’hôpital de Pontoise, à propos de N. S.
 
L’établissement lui a reproché une absence de « pratique collégiale » de l’exercice de la médecine.

« Refusant de consulter les avis médicaux, ce qui a conduit à la sanction », a argumenté l’avocat lors de l’audience.

« Je suis prête à en discuter avec un médecin extérieur au Novo, donc impartial, pour aborder des diagnostics différentiels et des prises en charge », se défend le docteur N. S, à la sortie de l’audience, où elle a pu s’exprimer.

On a refusé de signer une attestation et mes évaluations semestrielles.
Elle est allée jusqu’à parler de « harcèlement et de racisme » à son encontre, alors qu’après seize mois passés aux urgences, elle aurait dû poursuivre son parcours de consolidation par six mois en médecine polyvalente, trois mois en gynécologie, trois mois en pédiatrie.

« Je suis le seul médecin mis à l’écart, contrairement à des collègues je n’ai pas pu valider mes stages. On a refusé de signer une attestation et mes évaluations semestrielles », déclare la praticienne.

Sans pouvoir exercer, elle poursuit des études universitaires.

« Avais-je la possibilité de me plaindre ?

Le statut stipule que l’on ne peut pas changer d’établissement en cours de consolidation.

Cela condamne les Padhue (praticiens à diplôme hors union européenne) à subir des cadres comme ceux que j’ai côtoyés au Novo ».

Les conditions d’exercice​

« Ce n’est pas normal qu’en deux ans, elle reste la seule à ne pas avoir changé de service et validé ses compétences, dénonce Me Balme-Leygues. On pourra toujours dire que cette discrimination n’est pas avérée, mais cela prouve une ambiance, un contexte d’exercice médical dans cet hôpital. Or, la plupart des praticiens étrangers préfèrent faire profil bas que de ruer dans les brancards au risque d’empêcher de valider leurs compétences. »

Nora S. aurait effectué 2 250 heures de service et assuré « 75 gardes de nuits, 45 demi-gardes et 500 heures de temps additionnel », affirme-t-elle pour prouver son investissement pour cet établissement.

« Quatorze mois d’affilée sans congés, c’est délirant », souligne l’avocat qui a appuyé sa défense au-delà des faits supposés mais plus largement pour interpeller sur la réalité des conditions d’exercices de la médecine dans les hôpitaux.

« En particulier des praticiens diplômés hors de l’Union européenne, déclare Me Balme-Leygues. C’est l’illustration de la désorganisation totale dans les hôpitaux. Avec du personnel trop sollicité, qui va bien au-delà des heures légales et des médecins en exercice délégués livrés à eux-mêmes, alors qu’ils ont besoin d’un encadrement assuré par des médecins titulaires. »

À la sortie de l’audience, l’avocat de l’hôpital Novo n’a pas souhaité s’exprimer.

La décision de justice doit être rendue lundi 3 mars.

 
Retour
Haut