A noter que Benghabrit n'a été nommé à la tête de la Mosquée et de la société des Habous que parce qu'il officiait auprès du Sultan -aucune autre raison n'est recevable. Pendant la Seconde guerre mondiale, la mosquée s'est distinguée en offrant un lieu de refuge, sur les instructions du Sultan, à des milliers de Juifs, en leur remettant des certificats et des cartes d'identité en qualité de musulmans et en leur attribuant un hébergement dans les sous-sols.
Le Sultan Mohammed V avait appliqué cette même règle, au Maroc, en refusant d'appliquer les directives antisémites du gouvernement de Vichy: «il n'y a pas de juifs, il y a des citoyens marocains...».
Cette Mosquée est une œuvre marocaine -c'est son ADN. Dans son architecture, dans son esprit aussi -pas moins de 450 artisans traditionnels marocains y ont travaillé et l'on retrouve leur savoir-faire dans le zellij et l'aménagement des espaces intérieurs. Voici une quinzaine d'années, dans le cadre d'un programme de rénovation, ce sont également des artisans marocains, qui ont été dépêchés de Fès, in situ, durant des mois. Mais il y a plus. Référence est faite ici à la contribution culturelle et intellectuelle des lettrés et des oulémas du Royaume dans ce domaine -des encyclopédies, des récits, des poèmes et tant d'autres ouvrages…
Une historiographie qui constitue un fonds documentaire attestant des liens profonds entre cette institution et le Maroc. Comme dans d'autres secteurs, l'Algérie ne sera pas en reste pour s'employer à mettre en équation cette situation. Ainsi, durant le mandat de Hamza Boubakeur, franco-algérien, le pays voisin multiplia les menées et les manœuvres pour prendre la gestion de cette institution. Il faut citer pêle-mêle dans ce registre ces faits: un toit ouvrant comme pour effacer les caractéristiques originelles, la modification des statuts de la société des Habous, la volonté de ce recteur de confier la gestion de la Mosquée à Alger, la nomination d'un ancien ministre, Tijani Haddam, la création d'une Association des amis de la société des Habous en 1991.
Alger s'obstine à vouloir faire main basse sur la Grande Mosquée de Paris. A la fin de 2015, elle engage des procédures d'appropriation pour la placer ainsi sous la tutelle du ministère algérien des affaires religieuses et des Wakfs.
Un grand flou persiste quant à la législation applicable à la propriété et à la gestion. D'où des malentendus et des controverses. Des enjeux politiques aussi. Mais rien ne pourra minorer ni évacuer les origines historiques de cet édifice –des récits et des archives en témoignent.
Alger s'échine à faire rebondir et actualiser ses prétentions en tablant sur la nouvelle approche du président Macron quant aux relations bilatérales en même temps que sur le climat actuel des rapports entre Paris et Rabat -passablement problématique, et entouré de fortes hypothèques... En tout cas, la cérémonie du 19 octobre est une mauvaise manière à l'endroit du Royaume, après un gros lot d'autres...
Un grand flou persiste quant à la législation applicable à la propriété et à la gestion de cet édifice. D'où des malentendus et des controverses. Des enjeux politiques aussi. Mais rien ne pourra minorer ni évacuer les origines historiques de cet édifice –des récits et des archives en témoignent.
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